Egalia veut faire voler en éclats les stéréotypes de genre

Associated Press
In this Monday June 20, 2011 photo, a teacher plays with children at "Egalia", a Swedish preschool aiming at gender stereotypes, in Stockholm, Sweden. At the "Egalia" preschool, staff avoid using words like "him" or "her" and address the children as "friends" rather than girls and boys. Every little detail has been carefully planned from the color and placement of toys to the selection of literature to make sure the 30 or so children don't fall into gender stereotypes.  "Society expects girls to be girlie, nice and pretty and boys to be manly, rough and outgoing," says Jenny Johnsson, a 31-year-old teacher. "Egalia gives them a fantastic opportunity to be whoever they want to be." The public preschool which opened last year in the liberal Sodermalm district of Stockholm is among the most radical examples of Sweden's efforts to engineer equality between the sexes from childhood onward. (AP Photo/Scanpix Sweden, Fredrik Sandberg)  SWEDEN OUT
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STOCKHOLM (AP) — Dans le petit monde d'Egalia, le personnel évite les "lui" ou les "elle": les 33 enfants scolarisés dans cet établissement de Stockholm pas comme les autres sont des "amis" plutôt que des filles ou des garçons.

Du choix des couleurs à celui des jouets en passant par les livres, chaque outil éducatif est soigneusement pensé pour s'assurer que les petits élèves ne tomberont pas dans les stéréotypes de genre.

Ici, les clichés voulant que les filles soient jolies, gentilles et bien élevées, et que les garçons soient extravertis et forts sont balayés: Egalia offre aux enfants une "occasion fantastique d'être qui ils veulent", souligne Jenny Johnsson, enseignante de 31 ans.

Financée par l'argent des contribuables, cette école accueillant des enfants âgés d'un à six ans a ouvert l'an passé dans le quartier de Södermalm. Il s'agit d'un des exemples les plus extrêmes de promotion de l'égalité entre les sexes, dès l'enfance, en Suède.

Rompre avec les codes de genre est l'une des missions principales du programme national des écoles maternelles dans cet Etat scandinave. Elle est sous-tendue par la théorie selon laquelle la société donne aux garçons des avantages injustes même dans un pays à l'esprit hautement égalitaire.

Nombre des établissements ont embauché des "pédagogues de genre" pour aider le personnel à identifier le langage et les comportements susceptibles de renforcer les stéréotypes.

Mais pour certains parents, les choses vont trop loin: cette obsession à gommer les rôles de genre pourraient à leurs yeux créer de la confusion chez les enfants et ne pas bien les préparer à affronter le monde, une fois franchies les portes de la maternelle.

"Les différents rôles de genre ne sont pas problématiques s'ils sont évalués de façon égale", observe Tanja Bergkvist, 37 ans, l'une des plus voix les plus fortes en Suède à s'élever contre ce qu'elle qualifie de "folie de genre".

A Egalia, filles et garçons jouent ensemble à la dînette. Juste à côté, trônent des briques de Lego et d'autres jeux de construction, délibérément placés à cet endroit pour s'assurer que les petits élèves n'érigent pas de barrière mentale entre la cuisine et la construction.

L'école entend tout particulièrement mettre l'accent sur la promotion d'un environnement tolérant envers les homosexuels, les bisexuels et les personnes transgenres, souligne sa directrice Lotta Rajalin. D'une bibliothèque, elle sort un livre sur deux girafes mâles en mal d'enfants jusqu'à ce qu'elles trouvent un oeuf de crocodile abandonné.

Quasiment tous les ouvrages pour enfants traitent de couples homosexuels, de parents célibataires ou d'enfants adoptés. Ici, point de "Cendrillon", de "Blanche-Neige" ou autres contes classiques considérés comme le ciment des stéréotypes.

Lotta Rajalin, 52 ans, précise que le personnel aide aussi les enfants à découvrir de nouvelles idées pendant les jeux. Exemple concret: "quand ils jouent à la 'maison', le rôle de la maman est déjà pris et ils commencent à se chamailler. Alors, nous leur suggérons (la présence de) deux mamans ou trois mamans".

Les méthodes d'Egalia sont controversées. Certains y voient une tentative de manipulation des esprits. La directrice explique que le personnel a reçu des menaces de personnes racistes apparemment contrariées par la présence de poupées noires dans les coffres à jouets de l'école.

Mais la liste des parents souhaitant inscrire leur progéniture dans l'établissement est longue, et seul un couple a retiré son enfant de l'école, précise-t-elle.

Jukka Korpi, 44 ans, dit avoir choisi Egalia avec son épouse pour offrir à leurs enfants "toutes les possibilités basées sur qui ils sont et non sur leur genre".

Même en Suède, l'école se distingue des autres. L'équipe tente d'effacer les références masculines et féminines de son discours dont les pronoms personnels "lui" et "elle" -"han" et "hon" en suédois. A la place, elle a adopté "hen", un terme neutre qui n'existe pas en suédois, mais qu'utilisent des féministes et des homosexuels.

"Nous employons le mot 'hen', par exemple, quand un docteur, un policier, un électricien ou un plombier vient" à l'école, indique Lotta Rajalin. "Les enfants peuvent imaginer à la fois un homme ou une femme. Cela élargit leurs vues".

Et d'ajouter: l'important pour l'équipe d'Egalia, c'est que les enfants comprennent que leurs différences biologiques "ne signifient pas que garçons et filles ont des capacités et des intérêts différents". Cela a trait "à la démocratie. A l'égalité humaine".

Psychologue pour enfants à l'Université de Californie, Jay Belsky se demande si c'est la bonne façon de procéder. "Le genre de choses que les garçons aiment faire -courir et transformer des bâtons en épées- sera bientôt désapprouvé", estime-t-il. "Alors, la neutralité de genre émascule au pire la masculinité". AP

cr/v0/ir

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